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Comment employer le crédit COVID-19 ?

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Crédit-relais, réduction de l’horaire de travail, remboursement : la crise du coronavirus a été, et reste encore, un défi d’endurance pour de nombreuses PME. Comment s’assurer que les fonds restent liquides et comment gérer un prêt corona ? Voici les conseils des experts.

Pour de nombreuses entreprises, les effets concrets et à long terme de la crise du coronavirus ne sont pas encore clairement visibles. L’incertitude quant à la poursuite de la pandémie et à son impact économique est source d’inquiétude. Comment le chiffre d’affaires va-t-il évoluer dans les mois à venir, alors que les entreprises peuvent déjà avoir subi une baisse de leurs ventes, des restrictions opérationnelles ou même un arrêt complet de leurs activités ? Que se passera-t-il si une deuxième vague paralyse l’économie ? Quelles que soient les réponses : maintenir l’activité tout en disposant de liquidités constitue probablement la priorité de nombreuses entreprises

À quelles fins le crédit COVID peut être utilisé

Dans son ordonnance conjoncturelle pour les entreprises suisses, la Confédération a créé deux types de crédit : le crédit COVID-19 et le crédit COVID-19 Plus. Les demandes de crédit peuvent encore être soumises sur easygov jusqu’au 31 juillet 2020. Les entreprises bénéficiant d’un crédit COVID-19 devraient être en mesure de surmonter la crise, du moins pour le moment

  • Crédit COVID 19 : Les montants jusqu’à 500 000 CHF sont garantis à 100 % par la Confédération. Cela vaut par entreprise. Généralement, la demande est immédiatement examinée et le montant est versé de manière simple par les banques, habituellement dans les 24 heures. Le taux d’intérêt est actuellement de 0 %.
  • Crédit COVID 19  Plus : Les montants compris entre 500 000 et 20 millions de francs suisses sont garantis par la Confédération à 85 %. Une condition préalable à l’obtention de ce prêt par les entreprises est l’examen de la demande par la banque. Le taux d’intérêt est actuellement de 0,5 %. Pour les 15 % non garantis par la Confédération, les conditions de la banque concernée s’appliquent.

L’utilisation de ces prêts n’est pas laissée à la discrétion des entreprises. L’ordonnance fédérale réglemente en effet clairement leur usage. Il n’est ainsi pas permis d’employer ces fonds pour verser des dividendes, investir dans des actifs immobilisés ou dans des infrastructures, des machines ou des véhicules, etc. Ils ne doivent pas non plus être utilisés pour régler des dettes ou rembourser des prêts. Un crédit COVID 19 sert plutôt à couvrir les frais opérationnels. Les entrepreneurs qui utilisent cet argent à d’autres fins sont passibles de poursuites.

Garder l’argent ou le rembourser ?

Par mesure de précaution, de nombreuses entreprises ont saisi cette opportunité et sollicité ce crédit peu bureaucratique, bien que la crise n’ait pas encore entraîné de pertes importantes pour elles. « Même ces entreprises ne doivent pas rembourser l’argent immédiatement », explique Michele Blasucci, fondateur de Startups.ch et directeur général de la société fiduciaire et d’audit Findea. « Rembourser immédiatement l’intégralité du prêt n’est certainement pas une bonne idée, car de nombreuses entreprises ne savent toujours pas si une deuxième vague de la pandémie est imminente ou si les affaires ne vont pas s’effondrer après tout. Il est donc préférable de prévoir un échelonnement des remboursements et de les répartir en prêts à court et à long terme. »

Le crédit COVID dans la comptabilité

Concrètement, un tel remboursement pourrait prendre la forme suivante : l’entreprise XY a reçu un crédit COVID 19 de 500’000 francs suisses en mai 2020, et elle dispose de cinq ans pour rembourser le prêt. En cas de difficultés, la Confédération donne jusqu’à sept ans pour rembourser le prêt dans son intégralité. Tout au long de cette période, le prêt peut être régulièrement amorti. Le compte COVID doit ensuite être clôturé. « Il convient, par exemple, de rembourser chaque année un cinquième du prêt », conseille M. Blasucci. En comptabilité, l’on fait une distinction entre les prêts à court et à long terme. Ainsi, la première année, 100’000 francs sont comptabilisés comme prêt à court terme et remboursés à la fin mai 2021 ; les 400’000 francs restants sont comptabilisés comme prêt à long terme. Cette procédure est répétée chaque année jusqu’à ce que le montant total soit remboursé au bout de cinq ans

Exemple : Remboursement d’un crédit COVID 19 de 500’000 francs :

Date Action Crédit restant
Mai 2020 Réception du prêt de CHF 500’000 CHF 500’000
Mai 2020 Comptabiliser CHF 100’000 comme prêt à court terme Comptabiliser CHF 400’000 comme prêt à long terme
Mai 2021 CHF 100’000 sont remboursés comme prêt à court terme.

CHF 100’000 sont passés des capitaux étrangers à long terme aux capitaux étrangers à court terme.

CHF 300’000 restent comme prêt à long terme
Mai 2023 CHF 100’000 sont remboursés comme prêt à court terme.

CHF 100’000 sont passés des capitaux étrangers à long terme aux capitaux étrangers à court terme

CHF 200’000 restent comme prêt à long terme
Mai 2024 CHF 100’000 sont remboursés comme prêt à court terme.

CHF 100’000 sont passés des capitaux étrangers à long terme aux capitaux étrangers à court terme.

CHF 100’000 restent comme prêt à court terme
Mai 2025 CHF 100’000 sont remboursés comme prêt à court terme.

CHF 100’000 sont passés des capitaux étrangers à long terme aux capitaux étrangers à court terme.

CHF 0
Mai 2026 Les derniers CHF 100’000 sont remboursés.

Étant donné que le prêt peut être prolongé jusqu’à sept ans, les remboursements partiels peuvent être ajustés en conséquence à un septième du prêt.

Piégé par les intérêts du prêt COVID ?

Le taux d’intérêt pour les prêts COVID 19 est de 0 %. Celui-ci pourrait toutefois être relevé au fil du temps. L’ordonnance fédérale précise que « À partir du 31 mars, le DFF adapte une fois par an ces taux d’intérêt fixés légalement en fonction de l’évolution du marché ». Ainsi, le Département des finances peut augmenter chaque année le taux d’intérêt. La première date à laquelle une telle augmentation devient possible est donc le 31 mars 2021. Michele Blasucci pèse les options : « Les entreprises qui n’ont pas besoin de cet argent pour le moment et qui reportent le remboursement courent le risque de devoir payer plus tard des intérêts sur le montant du prêt. Il me semble toutefois incertain que des intérêts soient perçus sur les prêts COVID l’année prochaine ». Si tel devait être le cas à un moment donné, les remboursements devraient être effectués plus tôt pour les montants non nécessaires.

Selon Michele Blasucci, afin d’assurer la liquidité de l’entreprise durant et après la crise ainsi qu’établir une planification des liquidités, une comptabilité à jour et bien tenue est essentielle. « En particulier pour les petites entreprises dépourvues de controlling, une comptabilité et une planification des liquidités à jour sont indispensables ». Il convient en outre d’établir, le cas échéant, un plan d’urgence et de prévoir différents scénarios. Ceci afin d’adapter éventuellement la stratégie de remboursement du prêt en fonction de la situation actuelle.