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«Les directions financières utilisent mal le crédit inter-entreprises»

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Face aux banques et à leurs réticences à accorder des prêts, les entreprises ont tout intérêt à mobiliser leurs créances clients pour renforcer leur trésorerie. Or elles le font peu, ou mal, malgré la loi LME, estime David Comte, d’Altares. Il y a pourtant près de 11 milliards d’euros en jeu, en considérant seulement les factures réglées en retard aux DAF des PME par les grandes entreprises ! De quoi considérer également les solutions d’affacturage, à condition de respecter certaines règles de bon sens.

New-CFO : Altares s’est fait une spécialité de suivre (*) les comptes et la bonne santé des entreprises françaises. L’année 2012, avec les restrictions d’accès au crédit auprès des banques, doit faire renaître les inquiétudes de 2008 ?

David Comte, directeur du développement, Altares : Bien sûr. Nos différentes bases d’informations nous permettent de constater en temps réel les dégradations dans les délais de paiements par exemple, dont on sait qu’elles impactent durement les trésoreries et vont jusqu’à menacer la pérennité des entreprises. En 2011, même si au global les défaillances sont restées stables, les PME continuent de leur payer un lourd tribut. 409 sociétés de plus de 50 salariés ont déposé le bilan en 2011, c’est 10 % de plus qu’en 2010. La dégradation est d’autant plus critique qu’elle s’accélère sur le dernier trimestre (+ 35 % et 116 sociétés).

New-CFO : Le constat est alarmant mais comment faire pour maintenir à flot cette trésorerie sans le concours des banques ?

David Comte : Il faut d’abord rappeler que le recours aux banques pour financer l’entreprise, c’est souvent ce qu’il y a de plus simple à faire… sauf quand les banques disent non. C’est alors seulement que se pose la question des alternatives, alors qu’elle aurait bien évidemment due être abordée à des périodes plus calmes, dans la sérénité.

La réponse la plus évidente se trouve dans le formidable gisement constitué par le crédit inter-entreprises. C’est à dire dans ces sommes parfois très importantes que les fournisseurs « prêtent » littéralement à leurs clients lorsque ces derniers tardent à régler les factures.

Il faut bien distinguer alors deux types de crédit : d’abord, le crédit dit « consenti », que la LME (Loi sur la Modernisation de l’Economie) tend à mieux encadrer en imposant la fin des accords dérogatoires entre deux parties, et des délais de paiement légaux ramenés progressivement à 60 jours. En quelques années, ces délais légaux inscrits dans les conditions générales de vente, ont effectivement baissé.

Il y a ensuite le crédit subi. En clair, les retards de paiement. Actuellement, la moyenne en France est redescendue à 12 jours. C’est bien mais il faut traduire cela en chiffres : si toutes les grandes entreprises payaient effectivement leurs fournisseurs – plus petits, il y aurait onze milliards d’euros en plus dans les caisses de ces derniers. Une autre façon de le dire : entre 20 et 40% du bilan en retard se trouve en moyenne du côté clients.

New-CFO : Comment une telle situation a-t-elle pu s’installer ?

David Comte : Nous en revenons toujours à cette antienne du manque de culture cash dans nos entreprises. De fait, les grands groupes prennent leurs petits fournisseurs pour des banques, mais sans rémunérer leurs services. Car à part le secteur public, qui intègre automatiquement des pénalités de retard dans ses règlements tardifs, la plupart des débiteurs se gardent bien de le faire. C’est donc du crédit gratuit. Les DAF pourraient d’ailleurs commencer par se pencher sur leurs conditions générales de ventes. Car 3 fois le taux légal n’est qu’un minimum concernant les pénalités de retard.

New-CFO : Il y a donc un vrai gisement de trésorerie chez les clients. Comment s’organiser dans les directions financières pour le récupérer ?

David Comte : D’abord, évidemment, améliorer sa connaissance client. En cela, Altares peut aider les entreprises, au travers son Observatoire des comportements de paiement, grâce auquel nous suivons mensuellement le profil payeur de plus de 520 000 entreprises, dont 76% de celles qui comptent plus de 10 salariés. Cela permet de déduire des règles précises, comme celle-ci : une entreprise qui paye avec plus de 30 jours de retard ses factures, présente 6 fois plus de risques de dépôt de bilan à 12 mois. Quelles qu’en soient les raisons.

New-CFO : Une fois ce doute levé, la solution de l’affacturage vous parait-elle intéressante ?

David Comte : Oui, à condition de se garder d’un certain mélange des genres. Trop de directions financières demandent à leur partenaire, à la fois de les financer sur les factures présentées, et en même temps de se charger de gérer leur poste client. Si cette situation est particulièrement adaptée pour les petites structures en fort développement, à partir d’une certaine taille, la gestion de la Relation Client Financière doit rester au cœur des processus de l’entreprise. C’est pourquoi nous conseillons plutôt aux CFO de maîtriser la phase de profilage du client, ainsi que celle de la récupération des paiements. Et de cantonner l’affactureur dans son rôle de financement de l’activité.

(*)http://www.altares.fr